Le jeudi 9 avril 2026, la Délégation sénatoriale aux outre-mer a tenu une table ronde cruciale dédiée à l’économie de l’intelligence. Ce rendez-vous s’inscrit dans le cadre d’un rapport d’information sur les filières économiques d’avenir, réunissant des acteurs clés de l’innovation tels que Stéphanie Mareva Failloux (Innovation outre-mer), ainsi que les présidents des French Tech de Polynésie, de La Réunion, de Guadeloupe et de Mayotte. L’intervention de Philippe Folliot lors de cette session a marqué les esprits par son analyse structurelle des freins au développement ultramarin.
Le sénateur a posé un diagnostic sans concession sur l’organisation du territoire français, héritier d’un double carcan historique : le jacobinisme et le fordisme. Selon lui, la centralisation politique bicentenaire, couplée à une logique de production de masse favorisant la concentration urbaine, a conduit à une « métropolisation » qui asphyxie les initiatives locales. Ce modèle, inadapté aux réalités géographiques actuelles, impose aujourd’hui une réflexion profonde sur un nouveau mode de développement beaucoup plus déconcentré et décentralisé, capable de redonner confiance aux acteurs du territoire.
Au cœur des échanges, la question du financement a révélé une fracture territoriale persistante. Philippe Folliot a fustigé une mécanique où les capitaux d’innovation restent captifs des métropoles, créant une barrière pour les entrepreneurs des outre-mer malgré leur excellence. Pour rompre ce cycle, il invite à réfléchir à une réforme permettant à l’épargne locale d’être utilisée localement, plutôt que de disparaître dans la « lessiveuse » des circuits financiers centralisés qui concentrent la richesse là où elle existe déjà.
L’ambition portée lors de cette table ronde dépasse le cadre technique pour embrasser une vision centrée sur l’économie bleue. Rappelant que 97,5 % de la Zone Économique Exclusive française repose sur les outre-mer, le sénateur a exhorté à ne plus oublier que dans « outre-mer », il y a d’abord la mer. C’est dans ce domaine, ainsi que dans celui de l’innovation, que réside, selon son intime conviction, une opportunité majeure de croissance pour ces territoires.
Enfin, ce débat marque une rupture sémantique indispensable. Philippe Folliot a salué ces entrepreneurs comme « l’avant-garde » de ce qu’il faudra faire, appelant à cesser de traiter les enjeux ultramarins sous le prisme de l’assistance sociale pour enfin les considérer sous l’angle du développement économique et de l’ouverture. En substituant la logique de l’intelligence à celle de la dépendance, les outre-mer dessinent désormais les contours d’une voie d’avenir audacieuse.