Récit de la mission en Ukraine du sénateur Philippe Folliot accompagné de son collègue François Bonneau du 15 au 18 mai 2026.
« Je ne sais pas si l’Ukraine peut gagner cette guerre, mais je sais qu’elle ne peut pas la perdre ! Car si la Russie peut impunément attaquer son voisin plus petit, sans que la communauté internationale fasse tout ce qui est en son pouvoir pour l’en empêcher, alors une telle agression pourra se reproduire à l’avenir ailleurs. »
Il est 22h29 en ce vendredi soir quand je suis réveillé par le message d’alerte en ukrainien puis en anglais de l’hôtel. « Chers clients, vous êtes priés de vous rendre le plus vite possible à l’abri situé dans le sous-sol de l’hôtel. » Voilà ce que je crois comprendre à moitié réveillé par le message, diffusé dans ma chambre. Je comprends mieux la décharge que l’on nous a fait signer à notre arrivée pour nous signifier que si nous avions un problème pendant notre séjour il fallait aller se plaindre… auprès des Russes ! Je choisis de rester comme la nuit dernière tranquillement dans mon lit et décide de me mettre à écrire les premières lignes de cette quatrièmeMission en Ukraine. Que fais-je là ?
En Ukraine se joue l’avenir de l’Europe, le monde de demain, la défense de la paix, de la liberté et notre future sécurité collective. La décision de partir, je l’ai prise, il y a quelques semaines, tant j’étais frustré de rester somme toute assez passif face au drame qui continue à se jouer là-bas. Alors que le feu de l’actualité aujourd’hui s’est tourné vers le Moyen Orient en général, l’Iran et le détroit d’Ormuz en particulier je me suis rapproché de mon collègue et ami François Bonneau sénateur de la Charente, lui qui à l’issue de mes précédentes missions en Ukraine m’avait instamment demandé si un jour il pourrait m’accompagner, pour voir s’il était toujours volontaire. Sans hésiter une seconde, il m’a répondu par l’affirmative, et c’est ainsi que nous avons reconstitué notre binôme des deux premiers parlementaires étrangers à se rendre, en janvier 2024, au Guyana, et plus particulièrement dans la province de l’Essequibo, à l’époque revendiquée par le sinistre Maduro dictateur au Venezuela. Comme d’habitude c’est grâce à mon ami Yehor Cherniev, vice-président de la commission de la défense de la Rada et chef de la délégation ukrainienne à l’assemblée parlementaire de l’OTAN que nous avons pu nous rendre sur place, sur le théâtre des opérations. Une fois les dates calées en fonction des contraintes des agendas des uns et des autres, nous avons pris nos billets d’avion pour Varsovie. La veille de notre départ en ce mercredi 13 mai, nous avons eu un amical petit dîner dans un très sympathique restaurant du sixième arrondissement près du Sénat à Paris, afin de caler les derniers préparatifs. Sans être un fanatique de la culture du secret je sais depuis mon premier déplacement que la discrétion est la meilleure des garanties de sécurité tant pour moi que pour ceux qui nous accompagnent. C’est pour cela que je n’ai rien publié, rien dit, rien divulgué avant mon départ, et François en a fait de même. C’est aussi du reste pour cela que traditionnellement j’envoie un message au président du Sénat, à la ministre de la Défense, aux autorités Françaises et à l’ambassadeur de France au dernier moment sur le chemin entre Varsovie et Khiev évitant ainsi les pressions pour nous dissuader d’aller dans une zone à forts risques classée rouge par le quai d’Orsay.
À l’aéroport de Varsovie en ce jeudi de l’Ascension 14 mai nous nous étions donné rendez-vous en milieu d’après midi avec Yehor qui lui rentrait d’un déplacement à Rome dans le cadre duquel il a du reste pu rencontrer et échanger avec le Pape Léon XIV ce qui, à certains égards, nous a rendus presque jaloux ! Cette fois-ci pour aller à Kiev ce ne fut pas le long périple en train, mais un rapide déplacement en voiture avec une bonne dose d’adrénaline. Alors que je faisais remarquer à Yehor qu’il me semblait qu’il avait changé de véhicule, il nous expliquait qu’il y a quelques semaines de retour de Varsovie sur Kiev, il avait fait une sortie de route, et que si son véhicule avait été anéanti par le choc lui était sorti indemne indemne de l’accident. Ambiance !

Dès le départ, nous nous sommes rendus compte que notre ami avait une conduite quelque peu … sportive. Si jusqu’à la frontière il roulait vite, mais dans certaines limites après nous avons eu droit à une sorte de festival. Au-delà de cela, ce qui m’a marqué au passage à la frontière, c’est cette interminable file de camions rangés le long de la route sur plus d’une dizaine de kilomètres.
D’après ce que nous avons compris, il faut quasiment 48 heures d’attente avant de pouvoir franchir le poste. Pour notre part ce fut très promptement réalisé grâce au passeport diplomatique de notre ami Ukrainien.

Si je vous écris c’est que nous sommes rentrés indemnes mais pour tout vous dire cela n’a pas été sans frayeur. Conduire à 170 kilomètres à l’heure tout en tenant le téléphone d’une main le tout sur une route, pas toujours exempte de nids de poules, tout comme aller à 150km/h sur une portion limitée à 50 nous savons maintenant que c’est possible, de la même façon que sur une nationale à deux voies le croisement simultané d’un camion et de deux voitures est lui aussi possible.
À mon avis ils doivent avoir des promotions sur les saints Christophe qui sont inclus dans les voitures !

Plus sérieusement, je pense que la notion de danger est relative et quand on vit comme nos amis Ukrainiens tous les jours sous le rythme des alertes des attaques Russes qui frappent indistinctement des cibles militaires et civiles vous avez une autre vision des choses et du risque. Quand Yehor nous explique que certains de ses collègues ont été abattus en pleine rue par des agents Russes cela nous permet aussi de mieux comprendre combien notre vie parlementaire en démocratie Française en temps de paix dans notre pays, est somme toute très différente, bien plus sûre et respectueuse. En fait, avec une forme de vécu « du salaire de la peur », le film d’Yves Montand, nous avons eu une forme de transition entre le monde insouciant de chez nous et le monde d’un pays en temps de guerre qu’est l’Ukraine. Le gros avantage de cette conduite « à la Fangio » en accéléré c’est que nous sommes arrivés avec deux heures d’avance par rapport à ce qui était prévu et à 1h30 du matin nous étions confortablement installés dans notre chambre d’hôtel au lieu de l’arrivée prévue initialement à plus de 3h. Quelque peu fatigué, j’étais dans un sommeil profond quand j’ai entendu des voix qui selon moi venaient du couloir, mais comme me l’a dit François au moment du petit déjeuner c’était bien un premier message d’alerte qui avait été diffusé. Ce vendredi a débuté par un petit déjeuner avec notre compatriote ancien militaire Xavier Tietelmans que beaucoup connaissent pour son blog, ses tribunes, ses participations à des émissions télévisées, mais que nous apprécions pour son franc-parler, sa connaissance de l’Ukraine et sa volonté d’aider le pays et de tisser des relations en matière d’industrie de défense avec nos amis Ukrainiens. Juste après le petit déjeuner, nous avons engagé une réunion sous l’égide de Yehor avec les représentants d’un organisme des forces Uukrainiennes en charge de l’armement, afin d’échanger avec eux et de discuter sur les enjeux de la fourniture par la France de batteries pour les drones. Pour des raisons de confidentialité et d’intérêts commerciaux, que vous comprendrez bien, nous n’en dirons pas plus si ce n’est que l’opportunité de voir des dizaines de milliers de batteries pour drones par an être fabriquées dans notre pays et livrées à l’Ukraine semble tout à fait plausible et possible. À la suite de cette rencontre, les deux parties ukrainiennes et françaises pourront dorénavant échanger directement sans passer par votre serviteur, car tout au moins, en ce qui me concerne nombre d’éléments techniques, de surcroît en anglais, dans les documents échangés, dépassent largement mon domaine de compétence.

En cours de réunion, nous sommes allés devant l’hôtel où était garé un véhicule avec des modèles de batteries pour drones, tels que ceux que les Ukrainiens souhaiteraient se procurer afin d’accélérer leur production et leur fourniture aux troupes. Alors qu’il y avait quasiment zéro drone sur le champ de bataille en 2022 ce sont près de neuf millions qui seront produits et engagés en 2026. Les besoins et le marché sont immenses et nous ne devons pas passer à côté de cette révolution tactique et technologique et je ne suis pas sûr que les longs et coûteux programmes Eurodrone ou Patroler que nous avons initiés voire quelques centaines d’acquisitions prévues à notre prochaine Loi de Programmation Militaire seront à la hauteur des enjeux. Il nous faut abandonner nos certitudes, apprendre avec eux et nous engager résolument dans des partenariats et investir en commun dans la recherche et le développement. Pour rester dans le sujet après la réunion, nous nous sommes rendus toujours dans la région de Kiev, dans un lieu secret, dans des bâtiments anonymes, où étaient dissimulées des unités de fabrication de drones. Là où en France, qui dit drone militaire, pense, technologie de haut niveau avec des moyens sophistiqués, des coûts exorbitants, des délais à rallonge nous nous retrouvions dans des ateliers au niveau desquels bricolage et ingéniosité prennent le pas sur sophistication et bureaucratie. Cette unité fabrique des drones, filoguidés, avec de la fibre optique, des alliages de polyester et du bois contreplaqué, ces engins de quelques dizaines de kilos, mais de quelques milliers d’euros, peuvent selon nos interlocuteurs parcourir jusqu’à 20 km sans aucun risque d’interception et de brouillage.

Dans un autre atelier, nous avons vu la fabrication de drones plus importants qui nous a-t-on dit avaient une capacité d’aller jusqu’à plus de 1000 km avec de belles performances, mais aussi, et surtout, un guidage optique permettant de voler à très basse altitude et de déjouer ainsi une bonne partie des défense antiaérienne et antidrones Russes. Nous avions peut-être sous les yeux une des clés du conflit, c’est-à-dire la capacité des Ukrainiens par eux-mêmes, dorénavant de pouvoir frapper dans la profondeur, les installations militaires, mais aussi certaines installations stratégiques pour la Russie avec plus particulièrement l’objectif de désorganiser la production et surtout l’exportation de pétrole et de gaz dont on sait qu’elle sert pour beaucoup à financer l’effort de guerre de l’agresseur Russe. Après un déjeuner dans un sympathique et typique pour ne pas dire folklorique, restaurant de spécialités Ukrainiennes nous nous sommes rendus dans un bâtiment, visiblement des anciens bureaux reconvertis en centre de communication, du ministère de la défense ukrainien.
Là, nous avons été reçus par Monsieur Sergei Boyef conseiller du ministre de la défense ukrainien, et nous avons longuement échangé avec lui sur le conflit, sur les enjeux de celui-ci et sur ses conséquences.

Il y a quelques chiffres qui ont retenu plus particulièrement notre attention. Poutine a rappelé son objectif d’arrêter la guerre seulement quand la Russie aurait, au-delà de la Crimée, totalement pris les oblasts des régions de Donetz et Loubianks. Tableau et carte à l’appui on nous a présenté sur les 18 derniers mois, les gains et les pertes des uns et des autres et montré que contrairement au narratif de Poutine il n’y a pas d’avancées russes significatives, mais plutôt un grignotage même si du reste au mois d’avril de cette année, les gains Russes ont été inférieurs à leurs pertes. Toutefois, en prenant en compte la moyenne des gains des forces Russes sur cette période et en poursuivant au même rythme, ils ne pourraient atteindre l’objectif de Poutine qu’en … 2036 ! Nous voyons là combien cette guerre qui est d’ores et déjà plus longue que la Première Guerre Mondiale a des chances de durer. Notre intime conviction, c’est que l’agresseur Russe qui subit de très lourdes pertes 30 000 blessés et morts par mois soit plus que le nombre de nouveaux mobilisés selon nos interlocuteurs, risque à un moment ou à un autre de s’épuiser. En effet à la différence des Ukrainiens, l’agressé qui se bat pour sa survie, son indépendance et sa liberté, les soldats Russes ou les mercenaires qui travaillent pour eux ne se battent essentiellement que pour de l’argent. À l’issue de cette rencontre nous nous sommes rendus dans un bunker lui aussi caché au milieu de nulle part, et là nous avons pu visiter un lieu d’exposition de tous les savoir-faire des entreprises Ukrainiennes en matière de drones aériens pour l’essentiel, mais aussi terrestres et navals. Pour chacun d’entre eux, on nous a donné les caractéristiques, les missions, les enjeux, mais aussi le plus souvent le coût.

À l’heure où nous nous préparons à débattre d’ici trois semaines au Sénat , de l’actualisation de la Loi de Programmation Militaire, pour être honnête avec vous, avec François, ce que nous avons vu à bien des égards nous a interpellé sur la différence d’approche qu’il y a entre le pragmatisme Ukrainien et nos visions normées et selon moi l’impérieuse nécessité de changer de paradigme, de sortir de notre logique de grand projet, de grands équipements coûteux et sophistiqués pour s’inspirer de l’exemple Ukrainien et de la nécessité de voir toutes les évolutions tactiques, mais aussi stratégiques qui se développent et se mettent en place à l’aune de l’expérience du combat qui est la leur.


Notre logique n’est pas la bonne, alors que pour les drones terrestres on (la DGA) demande des certifications d’aciers spéciaux pour qu’ils puissent durer quarante ans nous apprenons par nos interlocuteurs que sur le champ de bataille les drones font entre deux et six missions et rarement plus de dix. Il faut la aussi du robuste pas cher plutôt que du technologique coûteux.
En cette fin d’après-midi, après une visite de la cathédrale saint Vlodimir dans laquelle nous avons ressenti la ferveur, et il faut le dire un certain nationalisme des croyants, nous nous sommes octroyés un petit moment de détente au restaurant Français bien nommé « la Baguette » afin de boire un verre avec une ambiance musicale francophone pour ne rien vous cacher qui fut agréable à mes oreilles. Après un rapide dîner dans un restaurant près de l’hôtel, un peu de lecture et me voilà sur mon premier sommeil réveillé par l’alerte du soir à laquelle je faisais allusion au début de ce propos. Après avoir écrit ces quelques lignes, je vais essayer de trouver comme l’on dit le sommeil du juste si ce n’est du sage car demain des instructives visites sur le terrain nous attendent et j’ai hâte de pouvoir vivre ces nouvelles expériences. En attendant, je ne puis vous dire si beaucoup de monde est descendu aux abris, mais au regard de ce que je peux observer de la fenêtre de ma chambre d’hôtel, je ne trouve pas que malgré ces alertes la vie quotidienne soit apparemment singulièrement perturbée, car finalement changer le moins possible sa façon de faire, sa façon de vivre est une leçon de résilience et de résistance de la part du peuple Ukrainien, la liberté pour eux n’a pas de prix, mais elle a un cout… 24 victimes civiles mortes , la nuit dernière dans la seule capitale.
En ce deuxième jour, nouveau petit déjeuner avec Xavier Tietelmans au cours duquel nous avons un échange très approfondi sur la nature des relations franco-ukrainiennes au niveau militaire , mais aussi, et surtout sur les manquements de la coopération officielle. Il nous semble nécessaire si vous me permettez l’expression de changer de braquet dans la nature de nos échanges pour effectivement mieux comprendre les enjeux et analyser les retours d’expérience de la guerre notamment auprès de Français anciens militaires pour la plupart engagés volontaires auprès des Ukrainiens.
Ensuite c’est un départ pour le sud et quatre heures de route nous attendent. Rassurez-vous « Fangio » est au volant, c’est avec autant de dextérité et surtout de rapidité que nous avalons les kilomètres pour nous rendre à notre première visite. Du reste nous avons pu apprécier ses qualités de slalomeur tant sur route qu’autoroute entre non pas les nids de poules mais les nids d’autruches !

Dans une banlieue industrielle de la ville de Krivyi Rih fief du président Zelenski nous nous retrouvons dans une unité à la fois de fabrication mais surtout d’adaptation des drones. Nous comprenons que nous sommes dans un environnement militaire et non pas civil comme la veille, et que certaines brigades ont des unités de ce type-là qui visent à un service opérationnel immédiat avec un retour de terrain quotidien pour adapter leurs capacités aux contre-mesures de l’adversaire afin d’être toujours dans une réactivité optimale. En fait, ce sont des militaires inaptes physiquement pour le combat qui travaillent au service d’autres militaires pour avoir cette efficacité opérationnelle maximale. Ils nous ont présenté différents éléments concernant ces adaptations qu’ils font presque au jour le jour en nous expliquant que cela leur permet à l’infanterie, grâce à ces petits drones, d’avoir une meilleure efficacité. On est plus dans un environnement de bricolage ingénieux plus que dans la haute technologie mais cela semble porter ses fruits. Ils nous ont indiqué avoir un budget dédié pour cela ce qui leur permet d’acheter auprès de fournisseurs Ukrainiens des drones mais aussi sur le marché des petits équipements pour adapter et améliorer les performances de ces mêmes drones. Nous constatons que nous sommes dans une logique très éloignée, de celle de nos marchés publics et de toutes les charges administratives qui souvent alourdissent et complexifient notre système dans de tels cadres. Après cette visite nous nous rendons à Zaporijjia pour visiter le quartier General de la 422e unité dédiée au combat des drones. Situé au troisième sous-sol d’un imposant bâtiment industriel, héritage de l’industrie lourde Stalinienne avec ces centaines de tonnes d’acier rouillé dont j’aimerais savoir ce qu’en pensent certains écologistes patentés de chez nous, nous sommes accueillis par le chef de cette unité au nom très surprenant la 422eme Luftwaffe. Nos interlocuteurs nous ont indiqué que c’était un clin d’œil, selon moi un peu douteux, au fait que la Luftwaffe pendant la seconde Guerre Mondiale a fait subir des pertes très lourdes aux forces Russo soviétiques.

Au-delà de cet encombrant symbole, ce sont surtout les éléments tactiques qui nous ont interpellé avec la surveillance par des drones de toute la ligne de front dont ils avaient la charge. Cela me rappelait une unité similaire que j’avais visitée, il y a près de deux ans dans la région de Kharkiv. Force est de constater que sur une vingtaine de kilomètres de part et d’autre de la ligne de front il y a une dronisation totale du champ de bataille. Cette évolution tactique qu’on peut qualifier de stratégique est à prendre en compte pour ce combat, pour cette guerre, mais aussi pour le futur. Finalement, me vient à l’idée que si au début du conflit nous envoyions des instructeurs pour former les Ukrainiens je crois qu’aujourd’hui c’est plutôt le contraire qui nous serait utile. Le chef d’unité, nous rappelle ses missions, nous dit combien le soutien de l’Europe est très important, d’autant plus qu’ils doivent faire face un défi particulièrement marqué de la Chine qui met à disposition ses capacités technologiques avancées et performantes au service des Russes et que face à cela il est important pour eux de ne pas perdre avec notre aide le fil de l’innovation.
Puis, une fois dans la salle de commandement nous assistons en direct à l’élimination d’un soldat Russe.
Qui était-il ? D’où venait-il ? Est-ce un fanatique de Poutine ou un pauvre type qui s’était engagé pour l’argent ? Nous ne le saurons jamais. Alors qu’il tentait avec un de ses collègues, une incursion dans les lignes ukrainienne, il y a laissé sa vie sous notre regard. Pour être honnête avec vous, cela m’a touché car même si c’est par écran interposé il ne s’agit pas d’un jeu vidéo car on devine devant nous un corps déchiqueté et la terrible réalité de la guerre avec tout ce que cela comporte. Le grand responsable de cette mort en direct ce n’est certainement pas l’opérateur ukrainien qui vient devant nous de guider le drone vers sa cible, mais celui qui en 2014 puis en 2022 a lancé les hostilités : Vladimir Poutine, le boucher du Kremlin lui-même.
Nous avons été surpris par la jeunesse de ces combattants 2.0 car la mobilisation est pour les hommes de 25 à 60 ans mais on nous a expliqué qu’ils avaient tous signé avant leur vingtième année un contrat de volontaire. Un passage rapide pour eux de l’insouciance de l’adolescence à la dure réalité de la vie et … de la guerre !
Après un rapide et très tardif déjeuner, nous sommes repartis pour un certain nombre de kilomètres afin de rejoindre notre prochain lieu de visite. En fait, nous avons pris une autoroute, puis une route que je qualifierais de nationale, puis une quasi départementale, un chemin vicinal qui nous a fait traverser une exploitation agricole avec un bâtiment que j’ai deviné, détruit, je ne sais pas comment nous avons contourné un cimetière blafard pour prendre à la tombée de la nuit un chemin de terre qui nous a fait longer pendant plusieurs centaines de mètres sur notre gauche une haie d’arbres et bosquets et sur notre droite, un champ de céréales de plusieurs dizaines d’hectares. Au bout était garé un véhicule type fourgonnette et là nous avons vu six opérateurs qui au crépuscule s’affairaient pour préparer le lancement de deux drones. Nous avons admiré la dextérité au montage des engins un petit peu plus sophistiqués d’une envergure de quelques mètres d’un poids d’une centaine de kilos qui peuvent emporter jusqu’à 200 à 300 km de profondeur, une charge explosive de 50 kg.


Le montage fut rapide, la préparation fut minutieuse et particulièrement coordonnée, chacun sachant la tâche qu’il avait à faire. Une catapulte positionnée à quelques mètres de là complétait le décor. Avec François, nous nous disions que nous avions de la chance de pouvoir assister à une telle mission opérationnelle, deux des 600 drones envoyés ce soir même, un record depuis le début du conflit. En moins d’une demi-heure, tout était prêt et nous avons eu le privilège de pouvoir écrire un mot improvisé sur l’aile de l’engin.

Nous avons entendu le vrombissement du moteur « made in France » nous ont-ils dit puis le bruit sourd de la catapulte hydraulique et voilà notre engin parti pour accomplir sa mission. Un deuxième lancement quelques minutes après, et nous sommes partis vers la ville de Zaporijjia, afin de rejoindre le centre de commandement de l’unité qui a programmé et suivi cette opération. Arrivés sur place après comme d’habitude avoir éteint nos téléphones portables, nous avons vu des opérateurs les yeux rivés sur leurs écrans qui guidés par l’optique des drones visualisaient le terrain en dessous et suivaient l’itinéraire prêt établi devant la cible : une centrale électrique située dans la région de Melitopol en territoire Ukrainien conquis par les Russes. L’objectif était par sa destruction de rendre plus difficile les flux logistiques et l’alimentation en énergie des drones des forces Russes. Pendant une vingtaine de minutes, nous avons suivi sur les écrans et sur les radars, la progression des deux engins et au moment prévu, la rencontre entre le drone et sa cible s’est faite dans un feu que l’on peut qualifier d’artifice tant la mission fut un succès. Quelques minutes après le second drone venait lui aussi « embrasser » sa cible un bâtiment annexe de cette même centrale. Là aussi le succès fut salué par une salve d’applaudissements, de sourires et de satisfaction d’autant plus qu’ils nous ont dit que les Russes avaient déclenché l’alerte seulement après le premier impact montrant ainsi l’efficacité de l’opération car aucun système de détection Russe n’avait vu au préalable arriver les deux engins destructeurs. Le commandant nous expliqua qu’ils avaient remarqué que quand l’électricité était coupée comme cela la préparation opérationnelle et la logistique Russe étaient perturbées mais surtout ils constataient une baisse salvatrice pour leur infanterie des attaques de drones tactiques adverses certainement sans électricité beaucoup plus difficiles à recharger. Très tard à près de minuit nous sommes allés rejoindre la sommaire chambre d’un anonyme et modeste hôtel en ville. Nous n’avons pas entendu d’alertes et nous avons peu mais très bien dormi. Il ne s’est presque rien passé cette nuit-là à Zaporijia si ce n’est l’état de la station-service flambant neuve en entrée de ville où nous nous trouvions la veille !


En ce dimanche matin, levés dès potron-minet afin de nous rendre, après notre petit déjeuner pris avec un de nos accompagnateurs qui nous quittait, quelque part entre Zaporijjia et Dnippro pour participer à des exercices de tir.

Dire que pendant mon service militaire, nous n’avions eu droit au moment des classes, qu’à une seule séance de tir, avec trois cartouches chacun, séance que du reste, je n’avais même pas pu faire devant passer des tests au même moment… Le fait de pouvoir tirer en conditions réelles, est toujours pour moi une certaine source d’intérêt et de motivation. Nous voilà arrivés dans une cuvette où étaient rassemblés un certain nombre de militaires qui s’entraînaient sous le regard attentif de leurs instructeurs.

Après une rapide instruction sur le maniement des armes et les consignes de sécurité, nous voilà en position pour tirer quelques balles, puis en rafale, debout dans un premier temps couchés dans un second.


Cela m’a rappelé un exercice d’entraînement similaire auquel j’avais pu participer en Afghanistan en 2008, en région de Kapisa, avec mes très chers volontaires du 8e RPIMa de Castres.
À ce moment-là j’ai une pensée pour eux et du reste pour tout ce qu’ils m’ont fait découvrir par rapport à la grandeur de leur métier et au professionnalisme de leurs actions. Pour être honnête, en termes de précision de visée j’ai encore une marge de progression comme vous pourrez en juger par vous-même, même si mes instructeurs du jour m’ont affirmé qu’il y a bien plus catastrophique.

À l’issue nous reprenons la route pour un long périple vers Kharkiv où nous avons rendez-vous avec le général de la brigade qui supervise une grande partie de la ligne de front Nord. Nous avons eu un échange très direct avec ces militaires cartes d’état-major à l’appui! Ils nous ont expliqué les enjeux de la dronisation du conflit et c’est ainsi que nous avons plus particulièrement pu une fois de plus constater que ces évolutions technologiques entraînaient une forme de révolution tactique et que plus particulièrement les chars avaient totalement disparu du champ de bataille au regard de leur extrême vulnérabilité. Pour nous, c’est une leçon à méditer et à l’heure où les arbitrages doivent intervenir sur le char du futur devant remplacer le Leclerc sur fond de concurrence exacerbée avec nos amis, allemands, selon moi, ces projets qui seront très vite obsolètes devront être abandonnés pour engager nos moyens sur des enjeux plus opérationnels, les drones, la lutte anti drones , le cyber, l’espace, les radars, les télécommunications, les forces de souveraineté… et tout ce qui va faire la guerre et la géopolitique de demain. Ils nous ont rappelé combien le soutien des pays européens était important pour eux, même si nous avons conscience du fait qu’ils ont aujourd’hui acquis une certaine autonomie stratégique et une certaine indépendance en matière d’armement ce qui devrait nous inciter à nouer des partenariats militaires, industriels et stratégiques avec eux.

Finalement dans ce cadre d’échange, nous touchons au cœur de notre mission et de la prise de conscience que ce n’est pas depuis Paris ou par le seul biais d’échanges et d’auditions au Sénat que nous pourrons bien comprendre ces enjeux, mais beaucoup plus par les visites disruptives sur le terrain et les contacts directs. Après avoir quitté cet immeuble totalement impersonnel qui fait office de quartier général, nous avons dû tourner un bon moment dans la ville, afin de retrouver Magnit. Je vous ai longuement parlé de lui et j’avais donné du reste son nom au premier récit de ma première mission faite en janvier-février 2023. Nous avions passé avec lui et ses hommes une nuit dans une maisonnette à quelques kilomètres de Bakhmout, épicentre des combats à l’époque. J’avais pu apprécier le caractère exceptionnel de celui qui en 2014 était déjà combattant avec mon ami Yehor sur la ligne de front. Magnit, avant-guerre, était artiste sculpteur. Il fait partie de ces personnages discrets qui forcent le respect, un héros anonyme de cette guerre, qui, après avoir mené toute sa carrière dans l’infanterie de première ligne et avoir été grièvement blessé en 2024, est reparti plus que jamais au combat.

Aujourd’hui il fait partie des troupes d’élite de l’infanterie ukrainienne et avec ses camarades, ils mènent des actions coup de poing en profondeur pour reprendre des positions aux Russes. Ceci est extrêmement dangereux mais il a comme une force intérieure liée à la justesse de son combat et à la force de son engagement qui, pour moi entraîne le plus profond respect. C’est toujours avec émotion que je le rencontre, et c’est pour moi un incontournable de chacun de mes voyages en Ukraine, que de pouvoir le voir, même si quand nous nous séparons, je crains toujours que ce soit la dernière fois. Malgré la barrière de la langue, il est des regards qui ne trompent pas. J’aime cet homme pour son humanité, la grandeur qui est la sienne pour son courage hors norme et pour ce qu’il fait et qui à certains égards, me rappelle l’engagement dont je vous ai déjà parlé d’Eugène Folliot mon grand-père gueule cassée et grand blessé de la Première Guerre mondiale. Avec François on lui a laissé quelques victuailles et produits de nos terroirs et pour ma part, le livre « Nostra departament » sur le Tarn, que, je l’espère ils pourront avec Yehor enfin visiter. C’est avec un certain pincement au cœur que nous nous sommes quittés, nous promettant de nous revoir à Paris, la prochaine fois, la paix enfin venue, pour boire une petite bouteille de vodka qu’il m’avait offerte et que je garde précieusement pour l’occasion, mais surtout une coupe, une bouteille et même un magnum de champagne qu’il a tant mérité. En fait la guerre n’est pas quelque chose d’impersonnel. Ce ne sont pas que des alignements de statistiques, de moyens matériels, de gains et de pertes, mais c’est avant tout des hommes avec ce qu’ils représentent, et je ne lui ai dit qu’une seule chose avant de nous quitter, c’est que son petit-fils Max qui va bientôt avoir huit ans, doit être très fier de ce que fait son grand-père pour lui, pour son pays, mais aussi surtout pour les valeurs que nous défendons pour la démocratie pour la liberté et pour la paix. À très vite monsieur MAGNIT. Si près de la ligne de front et cible régulière de l’armée Russe malgré les stigmates, Kharkiv la fière plie mais ne rompt pas, jamais elle ne pourra être conquise. Magnit et ses camarades y veillent !

Cinq heures de route nous attendent pour rentrer sur Kiev avec au départ du nord de Kharkiv un élément tout à fait particulier que de voir la rocade de cette ville, protégée par des filets anti-drone.
La guerre n’est décidément pas bien loin.

Depuis Varsovie cela va nous faire près de deux mille cinq kilomètres au compteur « Yehor Fangio » au volant et « saint Christophe » en protecteur ! Il est des rencontres qui marquent dans une vie. Celle avec Alain jeune Français combattant volontaire en Ukraine fait assurément partie de celles-ci. Ce lundi matin dans un hôpital de Kiev, nous avons eu le plaisir de rencontrer ce jeune homme extraordinaire dans le sens le plus noble du terme. Après une petite dizaine d’années de service, dans un des régiments de la 11e brigade parachutiste si chère à mon cœur, pour dit-il, donner « du sens à ma vie et faire pleinement ce métier des armes que j’aime », il a décidé de s’engager comme volontaire pour combattre au côté des Ukrainiens. Très grièvement blessé il y a très peu de temps, celui qui est aujourd’hui membre d’une unité d’élite des forces spéciales Ukrainiennes nous a donné une leçon de courage et de vie. Dans une très modeste chambre avec six places, il était entouré de soldats Ukrainiens dont quatre étaient amputés d’un membre inférieur et le cinquième avec la jambe tendue perclus de broches. Le très important nombre d’hommes traumatisés à vie ou amputés est aussi une triste réalité de cette guerre et une conséquence de l’utilisation massive par les Russes des mines antipersonnel du reste interdites par les conventions internationales.

« A priori, ils vont pouvoir tout à l’heure sauver mon pied. De toutes manières il y a plus grave », nous dit-il « aujourd’hui on fait de très bonnes prothèses ! » Quelle leçon ! Alors que beaucoup se plaignent chez nous, souvent pour des futilités, voir une personne au bord de l’amputation, avec un tel regard, un tel sourire, une telle niaque, un tel goût de la vie, alors qu’il a connu les combats de la plus haute intensité qui soit et qu’il a failli y laisser sa vie c’est une véritable leçon.
Nous avons noué un échange nourri avec lui alors que juste après notre rencontre, il devait passer sur le billard pour l’opération de la dernière chance visant à lui sauver son pied. Quelle leçon de courage. (En début d’après-midi il m’a envoyé un message que tout s’était bien passé que l’amputation n’était pas pour cette fois et qu’il en était quitte pour une assez longue convalescence).
Ensuite il nous a expliqué son parcours, le sens de son engagement. « Je suis Français et fier de mon pays, mais je suis aussi européen, et c’est pour cela que je me bats aux côtés d’autres européens, mes amis Ukrainiens. » Il a voulu revenir sur les conditions dans lesquelles il a été blessé, son véhicule ayant sauté sur une mine, alors qu’ils étaient dans une opération de reconnaissance et de préparation d’une contre-offensive derrière les lignes ennemies. « Finalement je suis un miraculé à certains égards avec des chances de survie si faibles après avoir sauté sur la mine » dit-il, ne sachant pas comment il a fait il a couru avec son pied explosé et déchiqueté sur une centaine de mètres pour se réfugier dans une maison. Son camarade plus légèrement blessé (un bras cassé) lui a fait un garrot. « Serre, plus fort », lui a-t-il demandé, mais comme, par peur de lui faire trop mal, il ne le faisait pas, c’est lui-même qui a serré jusqu’à ce que la douleur devienne quasiment insupportable. « Cela m’a peut-être sauvé, car le sang s’est enfin arrêté de pisser » souligne-t-il. Ensuite, c’est un déluge de feu qui s’est abattu sur eux car les drones Russes les ayant repérés alors qu’ils rentraient dans cette maison, se sont acharnés sur celle-ci pour essayer de les achever et de les éliminer. Au moment d’une courte accalmie avec son chauffeur, ils sont montés sur un buggy et prenant tous les risques, ils ont pu rejoindre « à tombeau ouvert » les lignes arrière, afin qu’ils soient stabilisés dans un premier temps, puis exfiltrés par la suite pour être sauvés, puis soignés.
Je ne reviendrai pas sur les enseignements tactiques que l’on peut tirer de ce témoignage, mais force est de constater que là où jusqu’à présent, nous avions privilégié la lourdeur avec des véhicules toujours plus blindés, aujourd’hui, c’est la furtivité et la rapidité face aux drones, qui doivent prévaloir, car aucun blindage ne résiste aux assauts répétés des drones. « Avec un lourd et lent VAB ou autre véhicule sanitaire blindé j’y serai resté. » Nous avons ensuite longuement échangé sur son parcours ses origines, sa famille, le sens donné à la vie et loin des clichés présentant ces combattants comme des nervis idéologues d’extrême droite complètement fanatique, nous avons au contraire, vu un garçon déterminé, volontaire conscient et avec un regard plein de détermination et de sollicitude vis-à-vis de son prochain. « Mes camarades de front Ukrainiens sont tous des ouvriers, des boulangers des maçons, des frères des classes populaires moi qui viens de Seine Saint Denis aussi pour eux et avec eux que je veux me battre, mais aussi parce que j’ai conscience que c’est l’avenir de la paix et de notre continent qui se joue ici. » Tout est dit. Nous n’avons pas parlé argent, mais il nous a dit avoir combattu pendant quelques mois dans une unité pour laquelle il n’y a finalement pas eu de budget, ils n’ont pas été payés. Nous sommes loin de l’image « du mercenaire » qui vient pour un peu d’adrénaline mais beaucoup d’argent. Lui Alain il aurait pu y laisser sa vie, à tout le moins son pied, mais plus que cela il y a trouvé un sens à son existence, finalement n’est-ce pas là le plus important ?
Après cette rencontre si riche et bouleversante, nous nous sommes rendus au siège de la filiale Ukrainienne de la société Française, Alta Arès. Nous y avons été accueillis par notre compatriote d’origine Ukrainienne, Pierre Mareczko qui anime une équipe d’une quinzaine de personnes et qui développe des systèmes de lutte anti-drones, en gros et pour faire simple des drones intercepteurs de drones.

Nous avons bien compris que là se joue non seulement un élément majeur de ce conflit, mais aussi et surtout un enjeu essentiel et fondamental de notre sécurité collective d’aujourd’hui et de demain. En effet, et nous le voyons aussi par rapport à ce qui se passe dans le golfe Persique, envoyer des missiles qui coûtent des centaines de milliers d’euros, voire des millions d’euros pour détruire des drones qui coûtent quelques milliers, voire dizaines de milliers d’euros ceci n’est pas tenable sur le long terme. On voit bien que les Iraniens épuisent les Américains à ce jeu-là qui possèdent pourtant de loin le plus gros budget militaire de la planète ! En conséquence c’est de notre capacité à pouvoir avoir des moyens d’interception aussi peu onéreux que les moyens d’attaque type drone Shahed de conception iranienne qu’il y aura la possibilité en Ukraine comme chez nous pour toutes nos installations sensibles militaires ou civiles (aéroports, gares, centrales nucléaires…) de pouvoir se protéger contre ces nouvelles menaces. Vous comprendrez bien que nous ne rentrerons pas dans le détail des éléments pour lesquels nous allons les aider et le cadre de la coopération qu’ils vont engager avec les autorités et surtout les entreprises ukrainiennes pour conclure des accords mais c’est assurément un enjeu d’avenir essentiel. En début d’après-midi, nous avons rencontré l’ambassadeur de France, M. Gaël Vayssière et son second le ministre conseiller Sebastien Turrin et ce comme je le fais à l’issue de chacune de mes visites sur le théâtre Ukrainien.

Avoir un échange, un dialogue et ce retour d’expérience est très important pour nous et assurément pour eux aussi. Je ne rentrerai pas dans le détail de cette conversation pour des raisons évidentes de confidentialité que vous comprendrez, mais sachez que nous avons eu une écoute attentive et intéressée au regard des expériences que nous avons vécues, des analyses que nous avons faites et des projets et projections que nous souhaitons donner plus particulièrement à l’aune de l’examen début juin par le Sénat de la loi d’actualisation de la Loi de Programmation Militaire. Pour finir, nous avons dîné avec Alexandr Zavitnevich, président de la commission de la défense de la Rada, avec qui depuis plus de trois ans, nous avons noué des liens d’amitié, lui-même me remerciant chaque fois d’avoir été en janvier/février 2023 le premier parlementaire étranger à se rendre sur la ligne de front et à assister à ses côtés à un tir opérationnel du canon Caesar livré par la France.

Nous avons tous les quatre analysé notre programme de visite et surtout vu comment nous pourrions mieux encore être en relais de leurs préoccupations. Ces échanges dans le cadre de ce que l’on appelle « la diplomatie parlementaire » sont beaucoup plus importants que beaucoup ne le croient et tout à fait complémentaires aux échanges entre nos présidents et nos gouvernements. Nous sommes tous là, d’un côté comme de l’autre, pour essayer de faire bouger les lignes, mais aussi grâce à la légitimité qui nous a été accordée par le suffrage universel, direct ou indirect, être à certains égards, les porte-paroles de nos peuples respectifs pour autant que possible essayer de faire évoluer les choses dans la bonne direction.
Comme un clin d’œil avant de partir, nous avons aperçu une fresque murale qui nous rappelle que ce pays est en guerre, mais ce pays regorge de dynamisme, de volonté, de résilience, et en l’occurrence de créativité artistique.

Il nous reste 22 heures de temps de trajet qui avec le retard de notre train et notre vol décalé se transforment en 26h dont 14 heures de train pour rentrer au Sénat mais c’est avec satisfaction que nous allons retrouver, nos collègues, nos familles, nos amis et nos élus, même si en toute honnêteté, je laisse une partie de mon cœur ici, en Ukraine.
Une dernière fois sur le quai de la gare nous avons remercié Yehor notre guide, notre ami, notre ange gardien et notre pilote aussi !

J’ai l’intime conviction que c’est ici, que va se jouer et que se joue l’avenir de notre continent. Comme j’ai eu l’occasion de le dire lors des questions gouvernement il y a quelques semaines, si pour l’Europe la guerre en Ukraine est un échec cela va ouvrir de terribles perspectives et un risque d’embrasement généralisé qui commencera par une probable agression Russe contre les pays Baltes. C’est mon analyse, ma conviction depuis longtemps et qui, à bien des égards est de plus en plus partagée. Pour finir sur une note plus positive le pire n’est jamais sûr, et bien au contraire, la fantastique volonté du peuple Ukrainien, combinée, je l’espère avec une prise de conscience et un réveil aux réalités et à la duplicité de Poutine du peuple Russe ouvrira, je l’espère, le plus rapidement possible la voie du toujours difficile chemin de la paix. Nul ne peut dire que cet impossible, car finalement si on se retourne sur l’histoire européenne après la tourmente des Premières et Secondes Guerres Mondiales la France et l’Allemagne se sont réconciliées pour devenir deux nations sœurs.
Petit-fils d’Eugène Folliot, gueule cassée de la Grande Guerre, laissé pour mort sur le champ de bataille du fort de Vaux, puis ballotté d’hôpital en hôpital de la fin de l’année 1916 à une grande partie de 1917, je porte en moi la mémoire d’un homme qui a gardé toute sa vie les séquelles de son engagement pour la France. C’est de cet héritage que vient ma fierté d’être Français, une fierté qui m’a aussi conduit, en 2003, à siéger aux côtés de mes collègues allemands du Bundestag pour le 40ᵉ anniversaire du traité de l’Élysée. Car c’est aussi un exemple et un symbole fort pour la paix d’Européens convaincus.
Bis repetita ici ? On l’espère !
Retrouvez les récits des trois précédentes missions en Ukraine
Depuis 2023, Philippe Folliot s’est rendu à trois reprises sur le front ukrainien. Ces missions de terrain ont nourri son engagement parlementaire et ses prises de position au Sénat et à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.