Lors du débat sur l’actualisation de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030, le sénateur Philippe Folliot a prononcé une allocution marquante. De retour d’une mission de terrain en Ukraine, il appelle à dépasser la simple révision budgétaire pour engager une refondation capacitaire profonde de l’outil de défense français.
Fort de l’examen de sa septième loi de programmation militaire depuis 2003, Philippe Folliot a rappelé la dimension humaine fondamentale qui sous-tend les arbitrages budgétaires. Une LPM n’est pas qu’une simple « addition de chiffres », mais le cadre d’engagement des forces armées dont le sacrifice ultime exige le respect absolu de la Nation.
Le choc de la réalité du terrain ukrainien en 2026
Revenant d’un déplacement à Kiev, Zaporijia et Kharkiv aux côtés de son collègue François Bonneau, le sénateur a partagé son constat direct de la mutation radicale du conflit russo-ukrainien. La guerre actuelle a rompu avec les paradigmes passés, portée par une massification technologique sans précédent.
Pour illustrer cette rupture, un indicateur statistique s’impose : l’Ukraine, qui affichait une production nulle de drones en 2023, prévoit d’en fabriquer et d’en déployer 9 millions au cours de l’année 2026, une trajectoire quantitative partagée par les forces russes. Ce basculement vers une guerre robotisée de haute intensité constitue un changement stratégique majeur auquel la France ne peut répondre par de simples ajustements à la marge.
De l’actualisation à la refondation industrielle
Face à la menace accrue d’une agression russe contre un État membre de l’Alliance atlantique ou de l’Union européenne, Philippe Folliot conteste la pertinence d’une simple « actualisation » du texte de la LPM. Le contexte géopolitique global, exacerbé par les postures agressives ou imprévisibles des grandes puissances impériales, impose une préparation rigoureuse à un affrontement doctrinal entre démocraties et empires.
« Face finalement à ce qui se joue face au boucher de Moscou, à l’inconséquent de Washington, au sphinx de Pékin, eh bien nous devons nous préparer parce qu’il s’agit de la guerre, de la guerre entre les démocraties et les empires avec tout ce que cela représente. »
Le sénateur annonce le dépôt de plusieurs amendements visant à réorienter l’effort national en matière de drones. L’objectif défendu n’est pas le simple achat sur étagère ou la production brute, mais la structuration pérenne d’une capacité industrielle souveraine, apte à répondre aux besoins immédiats en cas de conflit.
La revanche de l’artisan sur l’industriel
L’analyse des théâtres d’opérations contemporains met en lumière des succès tactiques majeurs obtenus hors des cadres industriels classiques. C’est le cas de la neutralisation d’une partie de la flotte russe en mer Noire par l’Ukraine, pourtant dépourvue de marine de guerre traditionnelle, grâce à l’usage de drones marins.
Philippe Folliot invite les instances décisionnelles françaises à rompre avec l’obsession exclusive pour les grands programmes pluriannuels lourds et technologiquement figés. Le terrain consacre aujourd’hui « la revanche de l’artisan sur l’industriel », privilégiant l’agilité, l’adaptation rapide et l’efficacité de solutions modulaires et réactives. Sa conclusion résonne comme une directive budgétaire et stratégique claire : face à ces mutations, l’enjeu crucial pour la défense nationale est désormais de « dépenser mieux autant que de dépenser plus ».